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Message Publié : 23 Avr 2017, 23:41 
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Titre d’origine ;
Runaway from hell
Par Cor van de Sande
D’après une idée originelle par Cor van de Sande
Les personnages et l’environnement de Manatee Bay sont la propriété intellectuelle de Lordship Mayhem et sont utilisés ici avec son accord.
Paru en premier sur le site ‘nudistclubhouse dot com’ en 2011
Traduit par Cor van de Sande en 2012

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Mise en scène ;

Quoique cette histoire soit tout-à-fait capable à se tenir debout sur ces propres pattes, une description de l’arrière –scène, de ‘l’univers de Manatee Bay,’ pour ainsi dire, aidera sans doute à la compréhension du contexte.

Nous nous retrouvons dans la petite ville de Manatee Bay, communauté fictive de quelques 3 500 personnes située sur le Golfe de Mexique, quelque part entre Tallahassee, en Floride et Corpus Christi, au Texas, dans un État qui n’est pas spécifié. La communauté est relativement pauvre ; avec que deux entreprises fleurissantes, un petit port de pêche d’où partent une batterie de chalutiers indépendants et un centre naturiste assez vaste. Le faubourg de Willow Lane, un genre de petit village privé, communauté résidentielle à accès limité dont la caractéristique principale est que la nudité intégrale y est de mise, se trouve dans la partie nord de ce centre naturiste.

Qui plus est, la petite ville se trouve située au beau milieu d’une zone appelé ceinturon biosphérique d’où la Capitale tire ses réserves d’eau. Une conséquence de cet état de faits est que toute nouvelle construction y soit interdite sauf si un bâtiment existant de superficie équivalente soit rasé et que l’emplacement de celui-ci soit ramené à l’état naturel.

Nous sommes à la fin de l’été, à quelques semaines du début des classes. La ville comprend cinq écoles primaires avec une population étudiante totale de quelques 180 jeunes, deux écoles intermédiaires (couvrant les années de scolarité sept à neuf) avec une population de 200 et une école secondaire pour les années dix à douze avec une population de 200, également. L’école primaire Willow Lane, nommée d’après la rue où elle se trouve, est située sur le côté opposé de la rue qui délimite le centre naturiste et ne fait pas partie de celui-ci.

Récemment, l’État, par l’entremise de l’Office des Normes Éducatives du Ministère de l’Éducation, a exigé que tout enfant de l’âge de dix ans et plus suive obligatoirement un cours de natation surtout destiné à prévenir la noyade pendant toute la durée de sa scolarité et spécifia du fait même les normes des piscines où cette formation devrait avoir lieu. Or, la seule piscine à Manatee Bay qui rencontre ces normes ce trouve justement sur le site du centre naturiste et, vue les faibles revenus de la municipalité et cette contrainte par rapport aux constructions nouvelles, il n’avait pas question de pouvoir construire une autre piscine ailleurs. Le propriétaire de centre naturiste, Paul Jackman, a finalement accepté de prêter sa piscine à la ville pour les besoins du cours (au rythme de 50 étudiants le matin et 50 l’après-midi à chaque jour d’école). Par contre, vu l’emplacement de cette piscine, à côté du hall de loisirs du centre et entre celui-ci et le faubourg de Willow Lane, il exigea que tous, moniteurs et jeunes, soient en tenue de peau lors des cours.



Chapitre 1 ;

Je venais de rentrer d’un voyage d’un mois chez moi et j’étais crevé ; j’ai dû me lever à une heure affreuse afin de pouvoir attraper mon avion à Saint Jean de Terre-Neuve, puis une attente de deux heures à l’aéroport Pearson de Toronto pour l’étape suivante, le vol jusqu’à la Capitale et, finalement, une heure et demie pour me rendre jusqu’ici. En tout, dix heures de voyage… le seul avantage de voler d’est à l’ouest fut que les magasins furent encore ouverts ; je n’avais rien dans le frigo.

Je suis arrêté chez Paco pour m’acheter deux filets de vivaneau et chez Horace pour une pochetée de frites puis je suis rendu à la maison. J’ai débarré la porte, bravé une pile d’un mois de formulaires de demandes pour des cartes de crédit et de publicités de grossistes de meubles et je me suis rendu jusqu’à la cuisine, où j’ai sortit un poêlon, un peu d’huile, une pincée de sauge et j’ai frit mes filets. Fort heureusement, il me restait une bière dans le frigo qui m’a aidé à avaler les frites d’Horace. Puis je me suis couché…

« BZZZT… BZZZT… BZZZT… »

« … A… al… Allô ? »

« Georges… ? Larry… As-tu entendu… ? »

« Que… quelle heure est-il ? »

« Sept heures et demi… pourquoi ?

« Ah… Dieu au Ciel… ! Aie donc un peu de respect pour ceux qui sont en train de mourir… Rappelles-moi quand il ferra jour, veux-tu ? »

J’ai laissé tomber le téléphone par terre et j’ai fourré ma tête sous l’oreiller. Une minute plus tard, un son à réveiller le diable me creusa des trous dans les tympans… Oh, Calvaire…, le téléphone… je ne réussirai plus de me rendormir maintenant.

Exprimant ma déception avec le vocabulaire que j’avais appris lors de mes jours abord des chalutiers sur les banquises au large de Terre-Neuve, j’ai rampé du lit vers la douche. Quand le réservoir d’eau chaude était vide, j’avais retrouvé à peu près la moitié de mon humanité.

Après m’être habillé, je suis allé vers l’auto et j’ai rentré mes valises que j’ai déposées sur le lit. Sortant les clés de ma poche, j’ai débarré ma valise et j’ai fouillé jusqu’à trouver ma bouteille de 350 ml… Merde ! J’étais de retour aux États… Il va falloir de nouveau m’habituer aux onces et aux milles… bon, comme je disais…, ma bouteille de 10 onces que j’y avais mis et je suis sorti de nouveau.

Arrivé devant Chez Horace, – cuisine familiale ; j’avais réussit à retrouver le reste de mon humanité bienveillante alors j’ai salué tous le monde qui y était avec un grand sourire et un geste de la main. Je me suis pris une copie du Moniteur de Manatee Bay que Mabel mettait à la disposition de la clientèle et j’ai prit ma banquette habituelle.

« Salut, Mabel… je prendrais bien deux œufs, tournés, trois tranches de saucisse, un bagel toasté avec beurre, une tasse de votre décapant à peinture et une tasse supplémentaire, s’il te plaît. »

Après avoir passé la commande à Horace, elle est venue avec son pot de café et deux tasses. Elle allait remplir la deuxième tasse quand je l’ai arrêté. Pendant qu’elle me regarda, bouche bée, je versais la moitié de mon café vers le deuxième et j’ai remplit les deux tasses à même ma petite bouteille.

« C’est quoi ça, » demanda-t-elle.

« Ça, ma chère, c’est du screech de Terre-Neuve, pur à cent pourcent. Le meilleur réveille-matin jamais inventé par l’homme. Tiens… essayes-en…, » et je lui passai la deuxième tasse. Elle prenait une petite gorgée méfiante et ses yeux ouvrirent grands comme des pièces de deux dollars canadiennes. Elle toussa, hésita… et sourit.

« Tu vois… ? »

À ce moment-là, Horace sonna sa petite clochette et Mabel est partie chercher mon déjeuner. Après qu’elle me l’a servie, je me suis installé et j’ai avalé d’un coup mes saucisses et mes œufs. Le pire de ma faim ainsi amadoué, je me suis reculé sur ma banquette, j’ai prit une lampée de mon café relevé, ouvert le journal et… craché mon café partout sur le journal, sur la table et sur la tête du client de la banquette voisine.

Je suis sorti du resto en courant et vers la cabine téléphonique du coin. Passant rapidement à travers l’annuaire, j’ai trouvé et composé le numéro du bureau du syndicat des profs.

« Larry… ? George Cunningham. C’est quoi cette connerie ? »

« Bonjour, George. T’es réveillé maintenant ? »

« Oublie ça, veux-tu… Je viens de rentrer tard hier soir après m’être levé à l’équivalent d’une heure du mat, hier, et avoir passé toute la crisse de journée à voyager en plus d’être déphasé par un changement de deux fuseaux horaires et demi. S’il te plaît, dans des mots de pas plus que deux syllabes, pourrais-tu m’expliquer c’est quoi cette MERDE ? »

-O-O-


Je me suis assis sur une bitte d’amarrage sur le quai de pêche de Manatee Bay. Tout comme n’importe quel quai de pêche commercial, l’endroit pestait le varech rance, du poisson pourri et des excréments de mouettes fermentés. Quand tout tournait au vinaigre, des endroits comme celui-ci étaient les seuls places où je me sentais en sécurité. Qu’allais-je faire ? Pourrais-je JAMAIS outrepasser ce qui m’était arrivé ? Me voici… à un demi-continent de distance et à quarante ans de l’événement et ce n’a prit qu’un seul article de journal stupide pour tout me ramener au présent.

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J’ai pris une autre lampée de ma bouteille mais elle était sans goût… Je regardai la bouteille… Vide. Va au diable ! Et je l’ai envoyé dans la flotte. J’ai décidé de rentrer à pied. Je ne pouvais continuer ainsi… Ça faisait la troisième fois que j’avais déménagé et je ne le referais plus… à tout recommencer, à prouver que j’étais bon enseignant, à être obligé de me refaire certifier de nouveau… j’étais trop vieux pour refaire tout ça !

Quand je suis arrivé à la maison, j’ai composé le numéro que Larry m’avait donné.

« Mme Jennifer Warren, s’il vous plaît ? Mme Warren… ? Larry Bridges du syndicat des enseignants m’a donné votre numéro. Je suis enseignant à l’École Secondaire Manatee Bay et je vais être responsable d’un des groupes qui devront aller à Barracuda Beach pour le cours de natation. J’ai besoin de votre aide… J’étais élevé à l’Orphelinat Mount Cashel à Terre-Neuve, au Canada, jusqu’au moment que je me suis enfuit à quinze ans. J’ai besoin de vous parler de pédophilie… »


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Message Publié : 25 Avr 2017, 07:28 
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Chapitre 2 ;

« Merci, Jennifer… Est-ce qu’on prend rendez-vous pour le surlendemain ? »

« Penses-tu que t’en as encore besoin, George ? »

« Bien… je ne sais pas… Nous avons eus quoi… cinq… six sessions, maintenant ? J’ai l’impression d’avoir traîné ce vieux fafiot vers une cale-sèche et d’avoir tout raclé le fond de cale au vapeur. Juste pour ça, je ressens une gratitude immense… mais serait-ce assez ? »

« Je peux voir où cela pourrait encore t’inquiéter. Ce que tu dois faire est de le sortir à l’extérieur, d’en parler. »

« Je croyais que c’était ça que je faisais avec vous… » Je l’ai dit avec un sourire.

« Moi, je ne compte pas… Je suis sans danger. Tu savais ça même avant de m’avoir appelé la première fois, la semaine dernière, sinon tu n’aurais jamais osé venir me voir. Tiens… voici une liste de noms et de numéros de téléphone… quand tu te sentiras d’attaque, appelles autant de personnes sur cette liste que tu veux et racontes-leurs ce que tu m’as raconté. Quand t’auras fait ça, rappelles-moi et nous en reparlerons… N’attends pas trop ; ça ne deviendra que plus dur, le plus que tu retardes. »

J’ai étudié la liste… il y avait quelques vingt noms et numéros de téléphone, y inclut les codes régionaux. La liste n’avait pas de titre, ce ne fut qu’une collection de noms. Ils ne me disaient rien. Quatre d’entre eux avaient le code régional de Terre-Neuve ; les autres étaient tous différents. J’ai hésité et j’ai fourré la liste dans ma poche ; je n’en étais aucunement convaincu.

-O-O-


Je suis allé au Scotty’s Bar and Grill, à une pâtée de maisons de ce qu’on appela la rue principale de Manatee Bay, pour mettre un verre de Rye Seagram au chaud. Scotty’s était l’une des rares endroits que j’ai trouvé dans le sud des États qui avait du whisky canadien. Je me demandais si les Bronfman étaient encore propriétaires de Seagram. Le vieux Bronfman avait ramassé tout un magot à importer du whisky et d’autres lubrifiants par Terre-Neuve lors de la Prohibition. Son petit-fils était à tout lapider à acheter des studios de cinéma à gros prix.

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La glace avait fondu ; c’était mon deuxième verre et je pensais signer à Scotty pour en prendre un autre mais j’ai changé d’idée. J’avais déjà pris ce chemin-là une fois auparavant il y a trente ans, la première fois que mon passé m’avait rattrapé et ça m’avait pris six mois pour me dessécher.

Au lieu de ça, j’ai déterré la liste et mon cellulaire. Choisissant un des noms avec le code régional de Terre-neuve, j’ai composé le numéro.

« M. Tommy Pinsent, s’il vous plaît… ? M. Pinsent, vous ne me connaissez pas mais on m’a donné une liste de numéros de téléphone à appeler… Mon nom est George Cunningham et je suis ressortant de l’Orphelinat Mount Cashel… »

-O-O-


Quand j’avais raccroché après mon troisième appel, j’en avais assez ; il était une heure du matin passé et j’avais parlé avec chacun des trois personnes pour au-delà d’une heure. Pas un seul n’est même venu proche de me raccrocher au nez. Au lieu de ça, ils m’ont laissé parler, ils m’ont écouté pendant que je criais, je sacrais, je pleurais et, quand je donnais l’impression de me refermer, d’hésiter, ils m’ont encouragé à continuer. Je ne vous raconterai pas de ce que nous avions parlé ; ce ne sont pas de vos affaires et, de toute façon, vous ne comprendriez pas à moins que vous ayez vécu la même chose et, dans ce cas-là, vous ne l’auriez pas demandé. Il suffit de dire qu’avant de raccrocher, nous nous sommes échangés adresses courriels, adresses domiciliaires et numéros de téléphone et nous nous sommes promis de garder le contact. Pour la première fois en presque cinquante-cinq ans, j’avais l’impression d’avoir une famille.

J’ai décidé de marcher vers la maison ; je n’étais pas saoul… loin de là ; les deux verres avant ce premier appel étaient mes derniers et pourraient très possiblement être mes DERNIERS. Je me sentais extrêmement léger, comme si j’avais perdu quarante ans. J’ai passé par le quai en souvenir des temps passés mais je n’y ai pas traîné. Rendu à la maison, je me suis déshabillé, j’ai enfilé mes pyjamas et je me suis couché. Je ne me souviens pas avoir fermé la lumière.

Le lendemain matin, je me suis réveillé en sifflant… Je ne savais même pas que j’en étais CAPABLE. Après une belle longue douche chaude, (je me suis payé le gros kit ; shampoing, rasage, tout… l’été, j’ai plutôt tendance à me laisser aller) je me suis habillé et je me suis promené tranquillement jusqu’à chez Horace. Après un déjeuner de crêpes américaines au sirop d’érable, j’ai appelé Jennifer. Elle me proposa de passer la voir l’après-midi-même.

Puisque je devais rester en ville et que j’avais trois heures à tuer avant mon rendez-vous avec Jennifer, j’ai pensé passer par le bureau de syndicat. Je voulais savoir où en était cette affaire de cours de natation ; la semaine précédente, quand j’avais vu le journal (avant de cracher mon café dessus), je n’étais pas trop réceptif.

« Toc, toc… »

« Salut George, rentres. Ça cogne ? Es-tu prêt à reprendre le fardeau la semaine prochaine ? »

« C’est exactement pour ça que je suis passé… je voulais que tu m’en parles mais avant ça, je tenais à m’excuser. Tu m’as pris dans un vraiment mauvais moment mais je n’aurais pas dû t’arracher la tête. »

« Penses-y même pas ; c’est tout oublié… Bon, de quoi s’agit-il ? »

« Je voulais savoir que c’était tout ça au sujet des cours de natation au centre des nudistes ? »

Après que Larry avait fini de me parler du mandat de l’État, de comment la commission scolaire avait essayé et failli à forcer la main de l’État et avait révisé les exigences de Paul Jackman, j’avais perdu presque tout de ma bonne humeur.

« Puis-je l’éviter ? »

« Non… navré. Après l’annonce de la commission scolaire, la permanence du syndicat et tous les représentants se sont assis avec Janet Brooks et tous les directeurs d’écoles. L’État a les couilles de tout le monde dans un étau, y inclut celles de Jackman. Afin d’être le plus juste possible, il avait été décidé que chaque enseignant attitré accompagnerait sa classe… à poil. T’as le choix de te déshabiller ou de démissionner. Nous avons déjà étudié la possibilité d’un transfert… chou blanc. »


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Message Publié : 26 Avr 2017, 07:40 
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Chapitre 3 ;


Quand je me suis trouvé devant le cabinet de Jennifer, j’étais inquiet… vraiment inquiet. J’ai essayé d’afficher une bravoure à toute épreuve mais Jennifer à vu aussitôt qu’elle n’était composé que de papier mouillé. Elle m’a invité de m’asseoir sur la chaise électrique et appliqua le voltage…

« Parles-moi… »

« Ça me chie les boules, Jennifer. »

« Quoi ça ? »

« Ces cours de natation… »

« Commences donc par le début. »

Alors, je lui ai raconté ma soirée chez Scotty, d’avoir choisi de faire ces appels plutôt que de me saouler vers une inconscience relative. De m’être senti quarante ans plus jeune, de comment je me sentais être au top de mon monde et de comment tout avait tombé comme un château de cartes quand j’ai découvert que je ne puisse m’en dégager.

« Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? »

« Pourquoi tiens-tu à te dégager ? »

Je lui ai rappelé de mes expériences au Mount Cashel.

« Alors t’es convaincu qu’aussitôt tu baisseras tes bobettes, quelqu’un va te sauter dessus et commencera à jouer avec tes gosses… au sens propre du terme ? »

J’étais surpris que Jennifer puisse parler si vertement ; elle a toujours eu un langage raffiné… « Bien… c’est ça, ouais. »

« Penses-tu vraiment que cela puisse t’arriver… ? »

« Non… j’imagine que non…, » dis-je, gêné.

« Moi, non plus. Que vas-tu faire pour régler ça ? »

« Bien, je ne veux plus courir, fuir… J’ai cinquante-sept ans ; il me reste peut-être cinq, sept ans et je DOIS ramasser un magot pour ma pension. Mais j’ai peur… j’ai peur de figer le jour que je dois emmener ma classe au cours. »

« Alors, pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes ; y aller à tes propres termes plutôt que ceux de l’État… Cette fin de semaine, c’est la fête de travail et Paul Jackman offre un spécial ; au lieu de son $30/jour habituel. Il offre vendredi soir à lundi, midi pour $45. Pourquoi ne pas l’essayer ? Comme ça, quand tes élèves y vont pour la première fois et vivent ce que tu es à vivre actuellement, tu seras un vieux routier et tu pourras montrer l’exemple. Penses-y. »

-O-O-


J’y ai pensé… J’y ai pensé pour deux jours entiers. Puis, j’ai cessé de résister et j’ai appelé le centre ; heureusement, ils avaient encore une chambre de disponible – une annulation de dernière minute.

Vendredi soir il faisait frais, assez frais que plusieurs clients se promenèrent avec des chandails quoique quelques mordus restèrent fidèles et la tenue exigée à la piscine était uniquement de la peau, comme de raison. Moi, je suis resté habillé mais cela m’a permis de m’amadouer à l’idée que la peau n’était que de la peau.

Samedi matin c’était ensoleillé ; la journée promit d’être belle et chaude. Je ne pourrais l’éviter plus longtemps. Je me suis effectivement déshabillé et je suis sorti mais pendant que j’étais dans les parties populeuses du centre je tenais ma serviette de façon stratégique. J’ai passé la journée dans des endroits retirés de la plage, juste à m’habituer à sentir la brize sur ma peau, à m’habituer à me sentir à-l’aise. Je ne suis rentré que pour un repas rapide à la Maison d’Or pour le diner et le souper.

Il commença à faire noir et je passais le hall des loisirs en route vers ma chambre quand J’ai entendu quelqu’un chanter. Je me suis arrêté… étonné…

    "Farewell to Nova Scotia, the sea-bound coast, (*)
    Let your mountains dark and dreary be.
    For when I am far away on the briny ocean tossed,
    Will you ever heave a sigh or a wish for me?"

    "The sun was setting in the west,
    The birds were singing on every tree.
    All nature seemed inclined to rest
    But still there was no rest for me."

Je n’en revenais pas… Je n’avais pas entendu cette chanson-là depuis les années ’70 quand Ian et Sylvia, Catherine McKinnon et presque tous les autres chanteurs de la chaine anglaise de Radio-Canada l’avaient dans leur répertoire. Je me suis dépêché à rentrer dans le hall des loisirs.

    "Farewell to Nova Scotia, the sea-bound coast,
    Let your mountains dark and dreary be.
    For when I am far away on the briny ocean tossed,
    Will you ever heave a sigh or a wish for me?"

Image


Sur une petite estrade éclairée par qu’un seul projecteur, Jennifer, avec une guitare, et Larry, mon représentant syndical, avec un accordéon, chantaient devant deux micros. Je ne pouvais aucunement résister… du fond de la salle, avec ma meilleure voix, j’ai embarqué sur la chanson. Quand Larry m’ait entendu, il m’a signé d’approcher l’estrade.

    "I grieve to leave my native land,
    I grieve to leave my comrades all,
    And my aged parents whom I love so dear,
    And the bonnie, bonnie lass that I do adore."

    "Farewell to Nova Scotia, the sea-bound coast,
    Let your mountains dark and dreary be.
    For when I am far away on the briny ocean tossed,
    Will you ever heave a sigh or a wish for me?"

    "The drums they do beat and the wars to alarm,
    The captain calls, and I must obey.
    So farewell, farewell to Nova Scotia's charms,
    For it's early in the morning and I'm far, far away."

    "Farewell to Nova Scotia, the sea-bound coast,
    Let your mountains dark and dreary be.
    For when I am far away on the briny ocean tossed,
    Will you ever heave a sigh or a wish for me?"

    "I have three brothers and they are at rest,
    Their hands are folded on their breast.
    But a poor simple sailor just like me,
    Must be tossed and driven on the dark blue sea."


    "Farewell to Nova Scotia, the sea-bound coast,
    Let your mountains dark and dreary be.
    For when I am far away on the briny ocean tossed,
    Will you ever heave a sigh or a wish for me?"

Arrivés au dernier chorus, toute la salle nous accompagnait. Jennifer signa avec agitation et nous avons répété le chorus pour le mettre au lit. La salle a éclaté… des applaudissements et des siffles étaient insérés entre les cris de « Encore… Encore. » Jennifer prit le micro et dit… « Vous en voulez ? Donnez-nous quelques minutes, s’il vous plaît, et nous allons voir si nous ne pourrons pas organiser quelque chose pour vous. » Et elle descendit de l’estrade.

Larry descendit également et me rejoint. « Salut, George… surpris ? »

Jennifer expliqua. « Larry et moi sommes cousins… nous sommes originaires du Maine. À tous les trois, quatre semaines, nous passons par ici et nous organisons un ceilidh, un genre de soirée chansonnière gauloise ; les gens d’ici semblent apprécier. Et puis… ça te tenterait-tu que nous deviendrions un trio ? »

Nous avions passé le reste de la soirée à chanter des airs maritimes. Depuis lors, Terre-Neuve ne m’a plus jamais hanté.

______________________________

* Je n’ai pas l’intention de traduire cette chanson… le faire l’amoindrirait dans mes souvenirs et n’ajouterait rien à l’histoire. Le lien suivant mène vers un clip de Youtube avec la version chanté par Gordon Lightfoot en 1972…
[url]https://www.youtube.com/watch?v=vaE9vlrhX-k&ytbChannel=msscoventry[/urll]


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Traduit en français par Maël Soucaze.